Il faut se garder en effet de concevoir la relation de ressemblance entre les lieux et les livres en un sens unique, comme si les livres ressemblaient aux lieux qu’ils décrivent ou racontent sans que la réciproque soit vraie.
Ce sont aussi les lieux, dans un mouvement inverse, qui à force d’être fréquentés par les livres et leurs lecteurs, finissent par leur ressembler en se pliant, avec obligeance ou réserve, à l’image qui est donnée d’eux, et il est donc d’autant plus justifié de commencer, voire de finir par les livres pour découvrir les lieux étrangers.
Bayard P., 2012, Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ?, Les Editions de Minuit, 158 p. (p. 42)